L’Occident assomme les masses populaires à coup de slogans médiatiques tels que « guerre contre le terrorisme », « guerre juste », « croisade contre les États voyous », « guerre pour la démocratie »… Cependant, quelle que soit sa déclinaison, une guerre peut-elle être juste? Pour déterminer si elle peut être juste, il sera peut-être bon de partir de la base, à savoir de la signification même de la justice.

D’après le dictionnaire, la justice est la règle de ce qui est conforme au droit de chacun, la volonté constante et perpétuelle de donner à chacun ce qui lui appartient, la reconnaissance et le respect des droits de chacun, de l’équité… Selon ces définitions et critères de « justice », est-ce qu’une guerre, quelle qu’elle soit, qu’elle soit d’origine ethnique, religieuse, politique, économique ou de n’importe quelle autre nature, peut-être juste?

Une guerre amène des destructions de la propriété des uns par les autres, la mort ou l’invalidité permanente des uns par les autres, le vol du territoire des uns par les autres, la fin de la culture des uns par les autres. Il est évident que les droits des uns sont bafoués, déniés, totalement ignorés ou foulés aux pieds par les autres. Il n’y a pas besoin d’argumenter plus loin. Déjà ici, on démontre de manière implacable qu’une guerre est par construction et essence totalement « injuste ».

Certains voudront répondre : « Oui, mais l’autre m’a fait ceci, m’a fait cela… et il est juste que je me venge ». Est-ce que la vengeance est juste? Le droit de chacun est notamment celui de pouvoir vivre en paix. Une vengeance, quel qu’en soit le motif, n’est que la poursuite d’une guerre. Cela n’amène jamais la paix. Cela ne peut donc être juste. Si l’on s’estime lésé ou blessé par les actions de certains, ce n’est pas en leur faisant la guerre ni en cherchant à s’en venger que l’on obtient justice, mais en demandant réparation des préjudices.

L’Histoire a montré que l’application de la loi du talion n’amenait qu’une suite sans fin de crimes, de meurtres, de génocides… au nom de la justice. Au contraire, amener l’autre à réparer ses erreurs, lui donner une chance de contrebalancer ses actions nocives ou destructrices par une équivalence de gestes constructifs et favorables permet l’équilibre responsable des énergies mises en œuvres, la réparation, la guérison du mal par un bien. On ne soigne pas le mal par le mal, mais en intervenant au niveau des causes du mal, en apaisant les zones et organes touchés, en réparant et régénérant les tissus lésés…

Pour rendre justice face à des crimes, ne nous transformons pas en guerriers et assassins qui ne produisent que de nouvelles conditions d’injustices pour les autres, mais en médecins des corps et des âmes, non seulement pour apaiser les douleurs et souffrances, mais aussi pour guérir, réparer, reconstruire…

Le terrorisme ne peut se combattre par la guerre. Lorsqu’il n’est pas organisé du sommet même des nations qui le subissent (dans le but d’en terroriser les peuples afin de les soumettre davantage, en le faisant endosser par d’autres nations ou groupes), il n’est de toute manière que le révélateur de grandes injustices au sein même des nations ou entre elles. Encore une fois, on ne soigne pas le mal par le mal, mais en travaillant si possible au niveau des causes du mal, ou au moins en réparant ce qui a été lésé. Le terrorisme existera aussi longtemps qu’il existera des gens en opprimant d’autres qui n’osent assumer leur entier potentiel humain, particulièrement à cause de la peur. Le travail pour faire disparaître le terrorisme passera par une action de construction des individus et de leur conscience afin, d’une part, de leur permettre la confiance capable d’éloigner définitivement la peur et, d’autre part, de transformer le besoin de posséder en celui de partager.

Une démocratie est théoriquement un État dans lequel le peuple est souverain des décisions qui le concernent. Même si dans la pratique il n’existe pas de tels États, puisque les faits démontrent largement que les prétendus « représentants » du peuple n’en font de toute manière qu’à leur tête une fois élus, mentant souvent comme des arracheurs de dents, peut-on pour autant penser qu’une guerre pour propager l’idéal démocratique serait une guerre juste? Même si dans les faits une telle propagation d’idéal n’est qu’une excuse des fauteurs de guerre pour exercer tranquillement leurs conquêtes de territoires et de ressources, la démocratie ne peut pas être imposée par la force. Elle doit être le choix même des peuples. Et si un peuple préfère vivre d’autres types de régimes, c’est son droit. Lui imposer de l’extérieur une autre forme de gouvernement n’est pas juste, car cela ne respecte pas son droit.

L’autodétermination d’un peuple ne peut, par définition, être imposée ou amenée par l’extérieur, par d’autres peuples. Elle doit provenir des peuples mêmes, après leur maturation suffisante pour cela. Inutile d’ailleurs de procurer une démocratie à un peuple qui ne serait pas prêt à l’assumer. Dans les faits, il ne s’agit que de dictatures déguisées, même en Occident. Les nations occidentales elles-mêmes ne sont encore qu’adolescentes au point de se laisser abuser par la propagande incessante des dirigeants. Il est bon pour les puissants de ce monde de pouvoir décider à leur guise sans danger d’être renversés. Et le meilleur moyen pour cela est de donner l’illusion de la liberté aux peuples par le biais de l’idée démocratique.

Un peuple qui se croit libre ne se révolte pas et ne change pas de dirigeants. L’alternance des partis n’est qu’une astuce. Derrière les élus, ce sont toujours les mêmes qui tirent les ficelles et dirigent vraiment les États prétendument démocratiques. Les gens du peuple ont-ils généralement le moindre mot à dire pour ou contre les lois qu’on leur impose? Même lorsqu’on leur accorde un référendum, celui-ci n’est le plus souvent que consultatif ou, de toute manière, s’il ne donne pas les résultats escomptés, on n’en tient pas compte (voir notamment ce qui s’est passé en France et en Irlande qui avaient pourtant dit Non à l’Europe).

Quels que soient les motifs pour faire une guerre contre d’autres individus, groupes ou nations, ces motifs ne sont que de fallacieux prétextes et ne peuvent en aucune manière prétendre rendre une guerre juste. Aucune guerre n’est juste! Une Humanité adulte en est une qui est capable de résoudre ses problèmes par les solutions constructives, par les échanges et les discussions, par l’usage de la raison et de l’amour. L’Humanité terrestre est-elle adulte? Il semble qu’elle doive encore grandir pour cela.